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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 10:29

 

Tuer le père

Amélie Nothomb

 Albin Michel, 2011

 

 

Epigraphe : « L’obstination est contraire à la nature, contraire à la vie. Les seules personnes parfaitement obstinées sont les morts. » Aldous Huxley

 

 

« Le 6 octobre 2010, L’Illégal fêtait ses dix ans. J’avais profité de la foire d’empoigne pour infiltrer cet anniversaire auquel je n’étais pas invitée.

Des magiciens du monde entier étaient venus au club cette nuit-là. Paris n’était plus une capitale de la magie, mais la puissance de sa nostalgie agissait toujours. Les habitués échangeaient des souvenirs.

— Habile, votre déguisement d’Amélie Nothomb, me dit quelqu’un. »

 

 

« Pour la plupart des magiciens, jouer au poker sans tricher, c’est un peu des vacances. Rencontrer enfin le hasard, c’est s’encanailler et, autour de cette table, les gens avaient l’air détendu. Sauf un, qui ne parlait ni ne riait et qui gagnait. »

 

 

" Joe Senior s’installe à la maison. Comme les armoires de Cassandra sont pleines, il range ses affaires dans celles de Junior.

— Dis donc, Cassy, ton fils a des trucs bizarres dans son placard.

Elle vient voir.

— Non, c’est rien, c’est ses choses de magie.

— Hein ?

— Oui, c’est sa passion depuis qu’il a huit ans.

Senior regarde Junior d’un air de plus en plus mauvais. Surtout quand celui-ci fait ses tours de cartes. Senior a du mal à en croire ses yeux.

— Ton fils, c’est de la graine de sataniste.

— Arrête, c’est des bêtises de gosse. Tous les enfants veulent devenir magiciens."

 

 

" Entre l’homme et le garçon s’installe une haine classique, sauf qu’elle est basée sur des malentendus. « Oui, je te vole ta mère qui est belle et que tu désires, comme les fils de ton âge. Tu pourras faire toute la magie que tu voudras, ça ne te la rendra pas. Mais moi, je ne supporte pas de te voir manigancer tes diableries du matin au soir », pense Senior.

 « Garde-la. Si tu savais ce que je pense d’elle. Et cesse de toucher à mes affaires », pense Junior."

 

 

 

" — Ça ne te dérange pas trop d’être entretenu par ma mère ?

Cassandra gifle Junior et l’envoie dans sa chambre.

Une heure plus tard, elle l’y rejoint. D’un air désespéré qui sonne faux, elle lui demande de partir :

— C’est lui qui le veut, tu comprends ? Il y a vraiment un problème entre vous deux. Si tu ne t’en vas pas, c’est lui qui s’en ira. J’ai trente-cinq ans. Je veux enfin garder un homme. Mais je ne t’abandonne pas. Je te donnerai mille dollars chaque mois. C’est beaucoup d’argent. Tu seras libre. N’importe quel gosse de ton âge rêverait d’être à ta place.

Junior se tait. « Senior a raison, il a l’air sournois », pense Cassandra. Junior sent qu’elle ment : c’est elle, et non son homme, qui exige son départ. Senior le hait, mais ce n’est pas pour autant qu’il quitterait une aussi bonne situation. La mère a choisi de mettre son fils dehors parce qu’elle est vexée. Le môme a dit tout haut ce qu’elle ne veut pas entendre : Senior n’est pas avec elle pour sa beauté.

Joe Junior réunit ses affaires dans un sac à dos. Il rassemble son matériel de magie dans une valise.

Les adieux sont sans état d’âme. La mère se soucie du fils comme d’une guigne. Le fils méprise la mère." 

 

 

 

" Alors, il fréquente la nuit les bars des hôtels où il exécute des tours de cartes. Les clients, éblouis, lui donnent des pourboires. Cela tombe bien. Cassandra a encore menti : mille dollars, ce n’est pas beaucoup d’argent quand on doit se prendre en charge. C’est seulement le prix de sa conscience de mère. Une conscience qui ne coûte pas cher."

 

 

 

" Le soir, il essaie les nouveaux trucs sur les clients des bars. Il a tellement l’air d’avoir son âge que les gens sont émus, surtout les femmes. Parfois, on ne se contente pas de lui donner de l’argent, on l’invite à dîner. Il ne refuse jamais.

Une année passe. Joe a quinze ans. Cette vie ne lui déplaît pas. Il a l’impression d’être la mascotte des bars de Reno." 

 

 

 

" Une nuit, Joe s’exerce seul au bar. Il ne s’aperçoit pas qu’un homme l’observe. Assis au zinc à trois mètres de lui, l’inconnu regarde ses mains.

Soudain, le garçon voit qu’il est vu. Il a l’habitude et, pourtant, il sent que c’est différent. Il s’efforce de ne rien laisser paraître de son trouble et termine son tour de cartes. Ensuite, il lève la tête et sourit à l’homme. Comment sait-il qu’il ne lui donnera pas de pourboire ? Et pourquoi cela ne le dérange-t-il pas ?

— Quel âge as-tu, petit ?

— Quinze ans.

— Où sont tes parents ?

— Il n’y en a pas, dit Joe qui n’a pas le sentiment de mentir.

L’homme doit avoir quarante-cinq ans. Il en impose. Il est large d’épaules. Joe trouve que son regard a l’air de venir de loin, comme si ses yeux étaient enfoncés.

— Gamin, de ma vie je n’ai vu des mains aussi incroyablement douées que les tiennes. Et je m’y connais.

Joe sent que c’est vrai. Il est impressionné.

— Tu as un professeur ?

— Non, je loue des vidéos.

— Cela ne suffit pas. Quand on a un tel don, il faut avoir un maître.

— Voulez-vous devenir mon maître ?

L’homme rit.

— Doucement, petit. Moi, je ne suis pas magicien ! Mais tu habites Reno, la ville du plus grand.

— Du plus grand quoi ?

— Du plus grand magicien." 

 

 

 

 

 

" — C’est un si bon magicien que ça ?

— Oui. Et s’il a atteint un tel niveau, je peux imaginer combien il a été seul. Pense au nombre d’heures qu’il a dû passer à s’exercer devant son miroir pour être sûr que l’astuce soit invisible." 

 

 

 

" — Pourquoi veux-tu devenir magicien ? lui demanda-t-il.

Silence. Joe était interloqué.

— Pour montrer que tu es le meilleur ? poursuivit Norman. Pour devenir une star ?

Mutisme éloquent.

— Quel est le but de la magie ? reprit l’adulte.

Après un silence, il répondit lui-même à la question :

— Le but de la magie, c’est d’amener l’autre à douter du réel.

Joe hocha la tête."

 

 

" Les sages affirment que rien n’a de sens. Les amoureux possèdent une sagesse plus profonde que les sages. Qui aime ne doute pas un instant du sens des choses."

 

 

" Il existe plusieurs catégories de jongleurs de feu : celle de Christina s’appelait le swinging. Cela consiste à jongler avec des torches que l’on tient à l’aide de ficelles nommées bolas – les mêmes bolas que l’on lance autour des pattes des veaux pour les immobiliser lors de certaines épreuves de rodéo.

D’autres jonglent en manipulant directement les torches, ou encore en en fixant deux à chaque extrémité d’un bâton. Chacune de ces techniques est spectaculaire, mais aucune ne convoque tant de grâce que le swinging, comme l’indique son nom. C’est pourquoi ceux qui pratiquent cette discipline sont qualifiés de fire dancers."

 

 

" — Oui. Quand je lui enseigne la magie, il est tellement bizarre, presque effrayant. Il boit mes paroles et, en même temps, je sens qu’il veut me sauter à la gorge et me déchiqueter de toutes ses dents.

— Il t’adore !

— Oui. Il m’adore comme un gamin de quinze ans adore son père. Donc, il a envie de me tuer.

— Et toi, tu le considères comme ton fils ?

— Il y a de ça. J’ai beaucoup d’admiration et d’affection pour lui. Quand je pars, il me manque. Quand je reviens, il m’énerve et il m’exaspère.

— Tu as peur de lui.

— Non. J’ai peur pour lui.

— Alors, il est ton fils." 

 


 

" — Je n’ai pas dit ça. Je veux apprendre la triche.

— Et pourquoi ?

— Toi-même, pourquoi l’as-tu apprise ? As-tu jamais triché ?

— Jamais.

— Alors ?

— Je suis un homme. Tu es un gosse.

— Nous y voilà ! Y a-t-il un âge pour apprendre la triche ?

— Pour la technique, non.

— C’est pour la morale que tu as peur ? Le bien et le mal, c’est à mon âge qu’on doit les apprendre, non ?

— En effet. Mais dis-moi, pourquoi est-ce que la triche t’intéresse à ce point ?

— Tu m’as fourni la réponse : parce que c’est le plus difficile. Je suis attiré par la difficulté.

— Réussis d’abord Waving the Kings et nous verrons ensuite, d’accord ?"

 

 "Être le plus grand magicien du monde et habiter Reno, c’est aussi absurde que si le pape habitait Turin : dans le bon État, mais pas dans la bonne ville."

 

 

 

" — Les braves gens croient que le Vatican est la capitale du catholicisme. Ce n’est qu’une couverture. Le Vatican est, en réalité, le repère de dizaines de sectes chrétiennes plus mystérieuses les unes que les autres. Las Vegas, c’est pareil : les touristes du monde entier affluent pour voir la capitale du jeu et pour y mimer ce qu’ils prennent pour les activités locales. En vérité, Las Vegas est le siège planétaire de la plus gigantesque, de la plus ancienne des sociétés secrètes : la magie." 

 

 

" Qui voyait Norman et Christina ensemble était frappé par leur point commun : ils avaient une même façon de se taire. On observait leur manière hiératique de siéger silencieux l’un à côté de l’autre, tels un roi et une reine de l’époque mycénienne, n’échangeant rien que leur beauté et leur majesté. La fascination qui émanait de la juxtaposition de ces deux êtres superbes les identifiait à des totems." 

 

 

 " — De toute façon, dit Joe, la magie, c’est de la triche.

— Je ne suis pas d’accord. Il y a une différence fondamentale : la magie déforme la réalité dans l’intérêt de l’autre, afin de provoquer en lui un doute libérateur ; la triche déforme la réalité au détriment de l’autre, dans le but de lui voler son argent." 

 

 

 

" — Tu dis que le magicien estime son public : n’éprouve-t-il pas plutôt un sentiment de supériorité envers lui ? De la condescendance ?

— C’est impossible. Tu devrais le savoir : le premier public, c’est soi-même, puisqu’on s’exerce devant un miroir. Et les heures qu’on passe seul devant son reflet rendent humble." 

 

 

 

" La spécialité mondialement connue de Reno est le divorce, raison pour laquelle les fleuristes n’y abondent pas : on est rarement civilisé au point d’offrir des fleurs à celle dont on vient de se séparer." 

 

" Et c’est ainsi que de seize à dix-huit ans, Joe répéta ses gammes de magicien jusqu’à se les tatouer dans les nerfs, s’exerça à un nombre considérable de tours nouveaux, étudia avec Norman les pratiques de la scène, passa le permis de conduire, lut beaucoup de livres, se toucha peu et mal – bref, se sacrifia au nom d’un amour qui ne lui avait rien demandé." 

 

 

 

 

 « C’est donc ici que je vais vivre ma première expérience sexuelle », se dit Joe avec une assurance vieille de deux ans. Ce lieu si peu terrestre lui parut idéal : le sexe, ce devait être une autre planète." 

 

 

" Une permanence décibélienne était assurée par la moitié de la population de Black Rock City, soit un peu plus de dix mille musiciens ou assimilés. En une semaine, il ne faudrait pas compter sur une seconde de silence. Jour et nuit, des génies ou des médiocres, mais plus souvent des génies, donnaient le meilleur d’eux-mêmes au violon, à l'ukulélé, à la basse, aux synthétiseurs, aux platines ou à la voix. Des enceintes géantes relayaient les créations des uns et des autres et il fallait s’habituer à cette polyphonie constante. Des oreilles neuves comme celles de Joe ne pouvaient différencier les sons et toutes ces musiques montaient vers lui, unifiées en un son gigantesque qu’il identifierait au bruit de Burning Man." 

 


" Il se pencha pour prendre du sable dans sa main : il sut que ce n’en était pas. Le sable était moins fin et provoquait un effet abrasif : ceci était de la poussière, d’une finesse et d’une douceur presque insupportables. Cette poudre blanchâtre laissait sur la peau une sensation de savon. L’eau n’en débarrassait pas : seul le vinaigre en venait à bout.

À onze heures du matin, il faisait chaud, mais c’était très agréable. Un vent sec soufflait parfois, déplaçant des nuées de poussière : Joe mit ses lunettes de ski.

Christina sortit de la tente et l’embrassa :

— Le premier matin à Burning Man est le plus beau. Tu m’aides à préparer le petit-déjeuner ?

Ils avaient apporté de l’eau et de la nourriture pour sept jours. Sur des réchauds, ils se firent des œufs au bacon et du café. Norman les rejoignit et ils mangèrent au soleil.

— Et maintenant, je t’offre avec trois semaines de retard mon cadeau d’anniversaire, dit Christina.

Elle alla chercher un vélo vert pomme, décoré de fourrure synthétique et de marguerites plastifiées.

— Avec ça, tu vas où tu veux." 

 

 

 

" Jongler revient à nier tant la pesanteur que la multiplicité des choses. Le pari du jongleur est d’assurer le mouvement perpétuel et aérien d’une matière lourde et nombreuse. L’esprit n’a ni poids ni chiffres, il est indénombrable. Jongler déguise la matière en esprit en conférant à celle-ci les propriétés de celui-là. Le jongleur doit avoir la tête aussi rapide que les mains, doit calculer le temps que prendra la chute de chaque objet et accorder son geste à son estimation.

Le jongleur de feu ajoute à ce pari une clause démentielle : la matière, outre son poids et son nombre, possède un danger. Si cette propriété demeure plus d’une fraction de seconde en contact avec le corps, il brûle.

Quant au danseur de feu, c’est le fou absolu : c’est un jongleur de feu qui fait de sa technique un acte total, non pas seulement accomplir des prodiges avec ses bras, mais incarner le miracle de la tête aux pieds." 

 

 

 

 

" Depuis Nietzsche, on sait que Dieu danse. Si Nietzsche avait pu aller à Burning Man, il aurait connu l’existence d’une espèce supérieure de divinité, qui danse avec pour partenaire le meilleur danseur de l’univers : le feu." 

 

  

 

" Les fire dancers n’ont pas créé leur art pour le plaisir un peu vulgaire de faire du trop difficile. Il y a une logique profonde à associer ces deux dieux, la danse et le feu. Regarder de grands danseurs provoque le même émoi que regarder une bûche enflammée : le feu danse, le danseur brûle. C’est le même mouvement, aussi hirsute qu’harmonieux. C’est le combat sans vainqueur entre Dionysos et Apollon, l’alternance continuelle du danger et de la maîtrise, de la folie et de l’intelligence, du désir et de la plénitude." 

 

 

 

 

" Les langues ont tour à tour leur supériorité. En l’occurrence, l’anglais l’emporte sur le français : fire dancer, c’est tellement mieux que danseur de feu. Pauvre français de besogneux analytique, qui doit établir un constat d’accident – un complément déterminatif – est-ce un génitif objectif ou subjectif ? Qu’est-ce que la grammaire vient faire entre deux divinités ? C’est l’anglais qui a raison, il faut jeter les deux mots l’un contre l’autre – et qu’ils se débrouillent – et aussitôt ils crépitent ensemble." 

 

 

 

" C’est une généralité : à talent égal, une artiste déclenche une espérance plus absolue que son équivalent masculin. Cette loi n’empêche pas que déferlent ensuite les distorsions auxquelles des millénaires de misogynie nous ont habitués. Mais on ne peut rien contre cette donnée première." 

 

 

 

" Le suprême objet de la danse est la monstration du corps. Nous vivons avec ce malentendu que chacun possède un corps. Dans l’immense majorité des cas, nous n’occupons pas ce corps, ou alors si mal que c’est une pitié, un gâchis, comme ces superbes palazzi romains qui servent de sièges à des multinationales quand ils étaient destinés à être des lieux de plaisir. Personne n’habite autant la totalité de son corps que les grands danseurs." 

 

 

 

 

" Christina découvrit le désir de Joe avec autant d’extase que le halo autour de la lune. Elle était dans cet état d’acceptation absolue et de réjouissance universelle caractéristique de l’acide bien toléré.

Les vêtements tombèrent, puis les corps, accueillis par la poussière. Ce que Joe retenait depuis si longtemps s’était métamorphosé en haine ; Christina le transforma en plaisir. Elle alla chercher la frustration accumulée dans les muscles de son amant et de ce plomb, elle fit de l’or.

Joe eut l’impression d’être le feu avec lequel elle dansait. Elle le dirigeait si bien que, parfois, il connut le bonheur d’être une fille."

 

 

 

 

 

" — C’est pour toi que ça change tout. Ton cas est classique, répertorié : les adolescents qui se vouent au culte exclusif d’une femme unique deviennent inévitablement le genre de vieux pervers qui se tapent des gamines. Veux-tu, à soixante ou soixante-dix ans, faire la sortie des écoles ? Tu es sur la voie." 

 

 

 

 

" Il existe un phénomène plus ahurissant qu’une ville de vingt mille habitants qui surgit dans le désert en vingt-quatre heures : une ville de vingt mille habitants qui disparaît du désert en vingt-quatre heures, sans y laisser la moindre trace. Ainsi fut effacée Black Rock City, le 5 septembre 1998, comme ce fut le cas chaque année depuis 1990 et comme c’est encore le cas chaque année.

Joe participa au miracle collectif en débarrassant le désert de la portion de choses qu’on exigeait de chacun. C’était un spectacle impressionnant que cette fonte active du voisinage.

— On dirait Dieu détruisant Sodome et Gomorrhe sous une grêle de feu, remarqua-t-il.

— Pars sans te retourner, dit Norman, tu te transformerais en statue de sel." 

 

 

 

" — Un intérêt immense, répondit Norman à sa place. Manipuler de la carte à longueur de nuit, gagner de l’argent avant d’être sûr de pouvoir le faire comme magicien, rencontrer des gens différents, fréquenter des riches, tout cela en vivant dans la capitale mondiale de la magie. La moitié des prestidigitateurs les plus célèbres ont commencé comme croupiers, de préférence à Vegas. Je l’ai été, moi qui te parle. Un sacrément bon souvenir." 

 

 

" Las Vegas n’est pas seulement la ville où le piston est le plus indispensable, c’est aussi le lieu du monde où il est le plus efficace : une heure plus tard, Joe Whip était engagé comme croupier au Bellagio."

 

 

" — L’an 2000, tu te rends compte, dit-elle, comme le dirent, cette nuit-là, des milliards de gens.

— Une sacrée année, dit-il. Tu vas avoir trente ans, Joe va avoir vingt ans et moi je vais en avoir quarante." 

 

 

 

 

" — Je voulais te remercier, dit Norman. À présent, j’ai compris. Tout, dans ton attitude, depuis le début, prouve à quel point tu me considères comme ton père.

Joe s’étrangla avec sa gorgée d’alcool.

— Tu as commencé par me voler ma femme. Et comme cette tentative de meurtre ne te suffisait pas, tu as voulu me tuer socialement en me déshonorant par ton arnaque. Tu n’y as d’ailleurs pas réussi : à part les casinos, personne n’a retenu ta culpabilité. Peu importe : c’est l’intention qui compte, n’est-ce pas ?" 

 

 

 

 

" — Est-ce pour ça que tu as accepté un père monstrueux ?

— Il m’avait choisi, je te répète. Cela suffisait.

— Moi aussi, je t’ai choisi.

— Pas vraiment. Et de toute façon, tu n’étais pas le premier." 

 

 

 

" Moi, je pense qu’aucune séduction n’est aussi indispensable que celle d’un père." 

 

 

" — Je suis heureux qu’il ait touché cet argent. C’était une façon pour moi de lui exprimer ma gratitude d’avoir été choisi." 

 

 

 

" — Pour la première fois, tu viens vraiment de me faire du mal, dit Norman.

— Pour la première fois ? Tu me sous-estimes.

— Avant, je ne le savais pas. Maintenant, je découvre à quel point tout ceci était dénué de signification. Dans cette histoire où je me croyais ton père, je n’étais qu’un pion. Tu t’es abominablement conduit envers moi et tu n’en éprouves aucun remords." 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" — Dorénavant, mon petit, je ne te lâche plus. Partout où tu seras, j’irai. Tu m’apercevras toujours dans ton paysage. Ton père belge t’a eu par un serment, je t’aurai par la même méthode. On verra, si tu t’en ficheras.

Norman tint parole." 

 


" — Vous avez tort aussi. Vous gâchez votre vie et la sienne.

— Je ne peux pas faire autrement. Les enfants que ne reconnaît pas leur père en souffrent. Mais il existe une souffrance plus grande : celle d’un père que son enfant ne reconnaît pas.

Il me tourna le dos. Il ne voulait plus me parler.

On dit de certains rejetons qu’ils ont de qui tenir. Il peut arriver que le processus s’inverse et qu’un père se mette à ressembler à son fils : Norman était devenu fou.

Je fus surtout frappée par sa monstrueuse patience."

 

 

 

Moez Lahmédi

moez.lahmedi@voila.fr

 

 

 

 

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commentaires

nadia 27/11/2019 10:25

Bonjour je me prénomme nadia mère de 3 enfants. Je vivais à briouze avec mon mari, quand en 2018 il décida d'aller en voyage d'affaire à Bresil , où il tomba sur le charme d'une jeune vénézuélienne et ne semblait même plus rentrer. Ces appels devenaient rares et il décrochait quelquefois seulement et après du tout plus quand je l'appelais. En février 2019, il décrocha une fois et m'interdit même de le déranger. Toutes les tentatives pour l'amener à la raison sont soldée par l'insuccès. Nos deux parents les proches amis ont essayés en vain. Par un calme après midi du 17 février 2019, alors que je parcourais les annonce d'un site d'ésotérisme, je tombais sur l'annonce d'un grand marabout du nom ZOKLI que j'essayai toute désespérée et avec peu de foi car j'avais eu a contacter 3 marabouts ici en France sans résultât. Le grand maître ZOKLI promettait un retour au ménage en au plus 7 jours . Au premier il me demande d’espérer un appel avant 72 heures de mon homme, ce qui se réalisait 48 heures après. Je l'informais du résultat et il poursuivait ses rituels.Grande fut ma surprise quand mon mari m’appela de nouveau 4 jours après pour m'annoncer son retour dans 03 jours. Je ne croyais vraiment pas, mais étonnée j'étais de le voire à l'aéroport à l'heure et au jour dits. Depuis son arrivée tout était revenu dans l'ordre. c'est après l'arrivé de mon homme que je décidai de le récompenser pour le service rendu car a vrai dire j'ai pas du tout confiance en ces retour mais cet homme m'a montré le contraire.il intervient dans les domaines suivants Retour de l'être aimé Retour d'affection en 7jours réussir vos affaires , agrandir votre entreprises et trouver de bon marché et partenaires Devenir star Gagner aux jeux de hasard Avoir la promotion au travail Envoûtements Affaire, crise conjugale Dés-envoûtement Protection contre les esprits maléfices Protection contre les mauvais sorts Chance au boulot évolution de poste au boulot Chance en amour La puissance sexuelle. agrandir son pénis Abandon de la cigarette et de l'alcool voici son adresse mail : maitrezokli@hotmail.com vous pouvez l'appeler directement ou l 'Ecrire sur whatsapp au 00229 61 79 46 97