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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 18:10

ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT, 

Petits crimes conjugaux, 

 Albin Michel, 2003

 

  

GILLES. Il n’y a pas que le tissu à changer, il me semble qu’un des ressorts est plutôt agressif.

LISA. Le ressort intellectuel.

GILLES. Pardon ?

LISA. Tu prétends qu’un fauteuil n’est sain que s’il est inconfortable. Ce ressort qui te rentre dans la fesse gauche, tu l’appelles le ressort intellectuel, l’aiguillon de la pensée, le pic de la vigilance !

GILLES. Suis-je un faux intellectuel ou un véritable fakir ?

LISA. Assieds-toi à ton bureau.

 

 

 

 

 

GILLES. Ai-je aussi une théorie sur les sièges qui crissent ?

LISA. Évidemment. Tu refuses que j’y mette une goutte d’huile. Tu considères chaque grincement comme une sonnette d’alarme. Un tabouret rouillé participe activement à ton combat contre le relâchement universel.

 

 

LISA : Tu ne supportes pas que je range ton bureau, appelant le chaos dans lequel tu entasses les papiers l’« ordre d’archivage historique ». Tu assures qu’une bibliothèque sans poussière est une bibliothèque de salle d’attente. Tu estimes que les miettes, ça n’est pas sale puisque nous mangeons le pain. Tu m’as même soutenu récemment que les miettes sont les larmes du pain qui souffre lorsque nous le déchiquetons ; conclusion : lits et canapés sont pleins de chagrin. Tu ne changes jamais les ampoules grillées sous prétexte qu’il faut porter le deuil de la lumière pendant quelques jours. Après quinze ans d’études et de proximité conjugale, je suis d’ailleurs parvenue à ramener tes multiples théories à une seule thèse, mais fondamentale celle-ci : ne rien faire dans une maison !

 

 

 

 

 

LISA. C’est sans doute infernal mais… d’une certaine façon… je tiens à cet enfer.

GILLES. Pourquoi ?

LISA. Il y fait chaud…

GILLES. Toujours, en enfer.

LISA. Et j’y ai ma place…

GILLES. Lucide Lucifer…

 

 

 

GILLES. Que vas-tu faire si je ne me retrouve pas ? Tu ne vas pas vivre avec mon double décérébré, un singe qui me ressemble ?

 

 

 

GILLES. Si tu m’aimes, tu m’accepteras défiguré, infirme, vieux, malade, mais à la condition que je reste moi-même. Si tu m’aimes, tu me veux « moi », pas seulement mon reflet. Si tu m’aimes… tu…

 

 

 

GILLES (irrité). Je souffre d’une façon qui n’est pas médicalisable ! Qu’est-ce que c’est que cette manie de vouloir me faire avaler une pilule dès que j’éprouve un sentiment ?

 

 

 

 

LISA. Ta fidélité, c’était important pour moi. Je n’ai pas assez confiance en moi pour lutter jour après jour contre des rivales… ou des soupçons.

 

 

 

 

GILLES. C’est effrayant. Je marche au-dessus d’un précipice. À chaque instant, je peux apprendre un détail immonde qui me transforme en salaud. J’avance sur un fil, je me maintiens au présent, je n’ai pas peur de l’avenir mais je redoute ce passé. Je crains qu’il ne soit trop lourd, qu’il ne me déséquilibre, qu’il ne m’entraîne… J’avance à la rencontre de moi sans savoir si la destination est bonne. Quels sont mes défauts ?

 

 

 

 

GILLES. « À Lisa, ma femme, ma conscience et ma mauvaise conscience, mon amour, celui qui l’adore mais ne la mérite pas », l’homme qui écrit cette phrase a quelque chose à se faire pardonner, non ?

LISA. Non.

 

 

 

 

GILLES. J’obéis à une belle femme que je ne connais pas, qui me sourit, qui m’emmène chez elle, qui me fait comprendre que tout est possible entre nous puisque, au fond, je suis son mari… C’est comme une attente avant un dépucelage.

 

 

 

 

LISA. L’usure. Mais l’usure, c’est un fait plus qu’un problème. C’est normal. Comme les rides.

GILLES. L’usure de quoi ?

LISA. L’usure du désir.

GILLES. C’est pour cela que tu me repousses ?

 

 

 

 

GILLES (timidement). Un ange passe.

LISA (du tac au tac). Il serre les fesses.

GILLES. Pardon ?

LISA (se déridant). Je te cite. Comme tu as horreur des expressions toutes faites, tu les complètes d’une manière qui les rend encore plus absurdes. Si quelqu’un s’exclame : « Un ange passe », tu ajoutes toujours : « Il porte un seau », ou bien : « Il serre les fesses. »

 

 

 

 

 

GILLES. Allons… ce n’est qu’un accident… tu ne peux pas t’estimer coupable d’un accident…

 

 

 

 

GILLES. En fait, je suis devenu le héros de mes romans, l’inspecteur James Dirdy…

LISA (corrigeant par réflexe). James Dirty.

GILLES. Dirty : pour découvrir la vérité, j’enquête sur le lieu du crime.

LISA. Un crime, quel crime ?

GILLES. C’est une façon de parler. Mais qui sait, vraiment, s’il ne s’est pas produit un crime ici ?

LISA. Cesse ce jeu, s’il te plaît.

 

 

 

LISA. Une déformation professionnelle. Tu écris des romans noirs. Tu aimes avoir peur, soupçonner, suspecter et supposer que le pire est à venir.

GILLES. À venir ? J’avais l’impression qu’il était derrière.

LISA. Alors tu as changé : tu disais toujours que le pire nous attend.

GILLES. Pessimiste ?

LISA. Pessimiste en pensée. Optimiste en action. Tu vis comme quelqu’un qui croit à la vie. Tu écris comme quelqu’un qui n’y croit pas.

GILLES. Le pessimisme demeure le privilège de l’homme qui réfléchit.

LISA. On n’est pas obligé de réfléchir.

GILLES. On n’est pas obligé d’agir non plus.

 

 

 

 

GILLES. Intelligence et mémoire ne sont pas localisées dans les mêmes zones du cerveau.

LISA. Si tu le dis.

GILLES (sèchement). Ce n’est pas moi qui le dis, mais la science.

LISA. Si la science le dit.

GILLES. Tu ne la crois pas ?

LISA (aussi sèchement). On n’a pas à croire ou ne pas croire la science, elle délivre des informations qui se passent de notre approbation, non ?

GILLES. Exactement.

 

 

 

GILLES. Je suis peut-être un assassin qu’on ne suspecte pas encore et que tu vas protéger en ne lui parlant de rien. Je suis peut-être un violeur de jeunes filles qui commet des attentats à répétition et que tu…

 

 

 

LISA. Qu’est-ce que tu as dit ?

GILLES. Pas besoin d’aller jusqu’à Portofino.

LISA. Pourquoi Portofino ?

GILLES. C’est là que nous avons passé notre nuit de noces, non ?

LISA. Tu t’en souviens ?

GILLES. Non. C’est toi qui me l’as dit tout à l’heure.

LISA. Sûrement pas. J’ai dit Italie.

GILLES (calmement). Tu as dit Portofino.

LISA. J’ai dit Italie.

GILLES. C’est impossible. Comment le saurais-je autrement ?

LISA. Gilles, tu recouvres la mémoire !

GILLES. Mais non ! Je ne recouvre rien.

LISA. Enfin, tu viens de te rappeler…

GILLES. Je suis formel. C’est toi qui as évoqué Portofino tout à l’heure.

LISA. J’ai dit Italie.

GILLES. Tu ne t’en es pas rendu compte mais tu as prononcé Portofino.

LISA. Je n’ai pas dit Portofino parce que, tout à l’heure, justement, j’étais furieuse contre moi-même de ne pas retrouver le nom de cette station.

 

 

 

GILLES. Oui ! Ces tableaux, ce sont les tiens, c’est toi qui peins ! Ce Gilles qui t’accompagne dans les magasins, c’est toi qui l’as inventé ! Ce Gilles qui ne quitte pas la maison et qui ne te trompe jamais, c’est celui dont tu préférerais partager la vie, Lisa !

 

 

 

 

GILLES. Mon crâne est un livre dont il manque des pages. Les dernières particulièrement. Je ne me souviens pas du jour de l’accident.

LISA. Du tout ?

GILLES. Du tout. (Il la regarde dans les yeux.) Je te le jure.

 

 

 

GILLES. Tu m’apportais mes livres, la collection de mes romans policiers, histoire de piquer ma mémoire. Or tu en avais oublié un. Lequel ? Petits crimes conjugaux. En consultant la liste, je te l’ai fait remarquer. Tu m’as répondu que c’était sans importance car je détestais ce livre et je regrettais de l’avoir écrit. Et voilà, un joli petit mensonge, affirmé d’une façon péremptoire. Ça m’a cloué la bouche.

 

 

 

 

Un vieux couple est un couple où chacun tente de supprimer son partenaire. Lorsque vous voyez une femme et un homme devant le maire, demandez-vous lequel des deux sera l’assassin ?

 

 

 

LISA. Il y a des gens qui boivent pour oublier. Pas moi. Moi, ça ne marche pas. Moi, à ta place, je ne serais jamais devenue amnésique. Même avec le pire coup sur la tête. Rien ne peut me faire perdre la mémoire. Notre mémoire. Ni deux, ni trois, ni cinq bouteilles. Alors ta petite bosse…

 

 

 

GILLES. Entourée de silence, surtout. Jamais vu une femme avec autant de silence autour d’elle. Un mystère vivant protégé de murailles invisibles mais palpables. Lointaine. Inaccessible. Tu m’impressionnais beaucoup.

LISA. Allons !

GILLES. Et ton regard… Un regard de sage, un regard antique, un regard d’au moins deux mille ans dans un corps de jeune femme. (Frissonnant.) Alors que je ne te quittais pas des yeux depuis le matin, le soir je n’étais toujours pas parvenu à t’aborder.

 

 

 

 

 

GILLES. Tu joues la scène de notre rencontre ou celle de ce soir ?

LISA. Ma réplique est la même : « Pas encore. »

GILLES (étonné). Ça ne te gêne pas de refuser tout le temps ?

LISA. Je ne refuse pas, je diffère.

GILLES. Les femmes ont vraiment tendance à transformer les hommes en mendiants. Lorsque j’essaie de te faire comprendre que je voudrais coucher avec toi, j’ai l’impression de te demander l’aumône. (Un temps.) Et du coup, lorsque tu me l’accordes, la charité, j’ai le sentiment fugace de me retrouver devant une bonne sœur, ce qui n’est pas du tout l’image souhaitée à cet instant-là.

 

 

 

GILLES. Je le savais ! Je savais en entrant ici qu’il y avait quelque chose de lourd, de douloureux, d’insupportable qui m’attendait. Que s’est-il passé ?

LISA. Cesse de chercher, Gilles. Si tu trouves, tu auras encore plus mal.

 

 

GILLES. Quoi ? Qu’est-ce qui est derrière nous ?

LISA. Tu as essayé de me tuer.

 

 

 

 

LISA. Lorsque je suis redescendue avec ma valise, tu t’es jeté sur moi et tu as commencé à m’étrangler. J’ai voulu me défendre, j’ai saisi cette statuette et…

 

 

 LISA. Hors de question qu’il se brise. J’y travaille depuis quinze ans. C’est mon œuvre. (Se corrigeant.) Notre œuvre. N’en es-tu pas fier, toi aussi ?

GILLES. Maintenir un couple par orgueil, c’est obéir à l’amour-propre, pas à l’amour.

 

 

 

 

LISA. On ne peut pas fausser compagnie à son destin. (Un temps.) Tu es mon destin. (Avec douceur.) Nous ne nous appartiendrons jamais physiquement, mais nous nous appartenons mentalement. Tu es tombé au fond de moi, je suis tombée au fond de toi, nous sommes captifs. Même lorsque tu n’es pas mon homme dans ma chair, tu es mon homme dans mes souvenirs, dans mes rêves, dans mes espoirs. C’est là que tu me tiens. Nous pouvons peut-être nous séparer, nous ne pouvons plus nous quitter. Tous ces jours où tu étais absent, absent d’ici, absent de toi-même, je continuais à t’adresser toutes mes pensées, je te faisais partager mes humeurs. Qu’est-ce que c’est, aimer un homme d’amour ? C’est l’aimer malgré soi, malgré lui, envers et contre tout. C’est l’aimer d’une façon qui ne dépend plus de personne. J’aime tes désirs et même tes aversions, j’aime le mal que tu m’infliges, un mal qui ne me fait pas mal, un mal que j’oublie tout de suite, un mal sans traces. Aimer, c’est cette endurance-là, celle qui permet de passer à travers tous les états, de la souffrance à la joie, avec la même intensité. Je t’aimais avant que tu veuilles me tuer. Je t’aime toujours après. Mon amour pour toi, c’est un noyau, une nébuleuse au fond de mon esprit, quelque chose que je ne peux plus atteindre ni changer. Une part de toi est en moi. Même si tu partais, cette part resterait. J’ai une forme de toi en moi. Je suis ton empreinte, tu es la mienne, aucun de nous deux ne peut plus exister séparément.

 

 

 

LISA. Petits crimes conjugaux Finalement ton meilleur livre.

GILLES. Oui. Qui va tuer l’autre ? (Un temps.) J’avais cependant péché par naïveté, je n’avais pas osé imaginer qu’un conjoint puisse accuser l’autre du crime qu’il a lui-même commis. (S’inclinant devant elle.) Bravo, là, tu me dépasses.

LISA. Quand la violence s’installe dans un couple, peu importe qui la manifeste.

GILLES. Bravo, maître, très belle idée de plaidoirie.

 

 

 

 

  

GILLES. Quelle violence, Lisa ?

LISA (explosant). La violence que ça fait, quinze ans ! La violence que tu me plais autant ! La violence que je te vois vieillir, que je me vois vieillir, sans renoncer à nous. La violence qu’il faudrait que je me lasse et que je ne me lasse pas ! La violence que tu es beau ! La violence que j’ai peur que tu partes ! La violence que tu es un homme et que je suis une femme ! Les hommes vieillissent mieux, ou du moins ils en sont persuadés, et les femmes aussi : alors tu brilles, tu plais, tu continues à plaire, les jeunes filles te sourient dans la rue plus que les jeunes hommes ne me sourient. Tu pourrais parfaitement te passer de moi tandis que je me sens incapable de vivre sans toi.

 

 

 

 

 

LISA. Le destin de l’amour, c’est la décadence. C’est toi qui l’as écrit dans ton livre, Petits crimes conjugaux. Horrible ! Lorsque je l’ai lu, j’avais l’impression de surprendre une conversation que je ne devais pas entendre, une conversation où tu disais du mal de moi et plein de saloperies sur nous, une conversation qui me faisait perdre mes illusions. La décadence de l’amour ! Les termites ! Ces insectes qui bouffent les poutres et les charpentes. On ne les voit pas, on ne les entend pas, ils grignotent jusqu’à ce qu’un jour la maison s’écroule. Tout était devenu creux sans qu’on le sache. L’architecture, la structure, tout ce qui était censé soutenir les murs : du vide ! Voilà notre couple ! La paresse remplace l’amour, les habitudes dégagent les sentiments, ça a l’apparence d’une maison, or les colonnes ne sont plus en bois, c’est du carton, c’est du papier mâché. Tendresse ? Au début, tu m’as préférée mais est-ce que tu me préfères toujours ? Tu prétends que tu m’aimes mais est-ce que je te plais toujours ? Comme je suis là, la question a disparu, et le désir aussi. Tu ne souhaites plus vivre avec moi puisque tu vis avec moi. Je ne suis plus ton évasion, je suis ta prison, tu te cognes à moi, tu me subis.

 

 

 

 

 

 

LISA. Continuer pourquoi ? Là aussi, je t’ai lu. Hommes et femmes ne restent ensemble que par ce qu’ils ont de plus bas, de plus vil et de plus laid en eux : l’intérêt, l’angoisse du changement, la crainte de vieillir, la peur de la solitude. Ils s’engourdissent, ils s’amenuisent, ils abandonnent l’idée qu’ils peuvent faire quelque chose de leur vie, ils ne se tiennent la main que pour ne pas marcher seuls vers le cimetière. Tu n’es resté avec moi que pour de mauvaises raisons.

GILLES. Tandis que toi, naturellement, tu n’en avais que des bonnes ?

LISA. Oui.

GILLES. Lesquelles ?

LISA. Toi.

 

 

 

 

 

 

LISA (violente). Moi non plus, je ne suis pas d’accord avec moi-même. C’est parce que je n’ai pas qu’un cerveau, j’en ai deux. Si, Gilles ! Deux cerveaux. Le moderne et l’archaïque. Le moderne respecte ta liberté, se grise de tolérance, fait preuve de compréhension avec tellement de sophistication, mais l’archaïque te veut pour moi toute seule, refuse de te partager, sursaute au premier coup de téléphone non identifié, gamberge devant une note de restaurant inexpliquée, s’assombrit au moindre changement de parfum, s’inquiète lorsque tu reprends le sport ou achètes de nouveaux vêtements, suspecte ton sourire, la nuit, lorsque tu rêves, projette un meurtre à l’idée qu’une autre femme t’embrasse, que deux bras t’attrapent le cou, que deux jambes s’ouvrent sous toi… C’est un reptile tapi au fond de moi, aux yeux jaunes et perçants, en éveil, qui ne se repose jamais, c’est moi, Gilles, c’est aussi moi. Même avec des cours intensifs et deux mille cinq cents ans d’éducation, tu ne pourras m’arracher ce qu’il y a d’animal, d’instinctif dans l’amour.

 

 

 

   Voilà, le rationalisme amoureux : aimons-nous le temps que nos illusions tiennent, dès qu’elles tombent quittons-nous. Sitôt que nous sommes en face de quelqu’un de réel, non plus quelqu’un de rêvé, séparons-nous.

LISA. Non, non, je ne veux pas ça.

 

 

 

GILLES. Je te regarde et je pense : est-ce que, malgré mes doutes, mes soupçons, mes inquiétudes, ma lassitude, j’ai envie de la perdre ? Et la réponse me vient. Toujours la même. Et le courage avec. C’est irrationnel d’aimer, c’est une fantaisie qui n’appartient pas à notre époque, ça ne se justifie pas, ce n’est pas pratique, c’est à soi-même sa seule justification.

 

 

 

GILLES. Mon amnésie, c’était une façon d’enquêter, de comprendre, je voulais saisir pourquoi tu me haïssais au point de me frapper dans le noir. Mon amnésie, c’était un mensonge pour revenir, te retrouver. Je ne t’ai menti que par amour.

 

 

 

GILLES. Je ne faisais plus attention à toi. Je t’avais recouverte de tendresse, comme on voile un visage de femme ; derrière, je ne voyais plus tes traits. Je n’osais même pas te demander pourquoi tu buvais. Je me reposais sur la durée de notre couple – quinze ans – sans percevoir que le temps n’est pas un allié en amour. Merci d’avoir assassiné le couple qui s’endormait. Merci d’avoir tué les étrangers que nous étions devenus. Il n’y a qu’une femme pour avoir ce courage.

 

 

 

GILLES. Les hommes sont lâches, ils refusent de voir les problèmes chez eux, ils veulent continuer à croire que tout va bien. Les femmes, elles, ne détournent pas la tête.

 

 

 

 

 

GILLES. Les femmes affrontent les problèmes, Lisa, mais elles ont tendance à croire qu’elles sont elles-mêmes le problème, que l’usure du couple tient à l’usure de leur séduction, elles s’estiment responsables, coupables, elles ramènent tout à elles.

 

 

 

LISA. Les hommes pèchent par égoïsme, les femmes par égocentrisme.

 

 

 

GILLES. Je suis revenu, Lisa, revenu ici, dans notre vie, dans notre couple. Après l’accident, je ne suis pas devenu amnésique, non, mais avant l’accident, je l’étais. Amnésique parce que je partageais mes jours et mes nuits avec toi mais que je me contais une histoire différente. Amnésique parce que je bandais pour toi et que je me retournais ostensiblement sur les autres femmes. Amnésique parce que j’éprouvais un sentiment insurmontable envers toi et que je préférais parler de mes petites pulsions.

Amnésique parce que je t’étais au fond fidèle mais que j’aurais crevé la gueule ouverte plutôt que l’avouer. Je t’adorais et j’oubliais de te le dire. Je ne suis qu’un homme, Lisa, et la caractéristique des hommes, c’est qu’ils refusent leur destin. Ils préfèrent leur liberté. Mais qu’est-ce que c’est, une liberté qui ne s’engage pas ? Une liberté creuse, vide, inconsistante, une liberté qui ne choisit rien, une liberté velléitaire, une liberté préventive.

 

 

. Amoureux, je me voulais sans entrave. Marié, je me désirais infidèle. J’étais double, Lisa, double et fier de l’être, je marchais à côté de moi-même, inapte à me contenter de la réalité, impuissant à m’émerveiller, n’habitant quelque part que pour m’en évader. Te dire à quel point je t’aimais, je ne le pouvais : cela revenait à passer des menottes à mon double. Admettre que notre couple était ma plus grande aventure aurait poussé mon double à se moquer de moi. Voilà, je suis revenu.

 

 

 

 

 

LISA. Et si je te tue ?

GILLES. Si je dois mourir, je veux que ce soit par toi. Ton absence, elle va m’empoisonner, elle ne me tuera pas. Reste s’il te plaît, reste avec moi. Je ne veux pas d’autre femme. Je ne veux pas d’autre assassin.

LISA. Adieu.

 

 

 

Ils rient. Lisa comprend qu’elle peut continuer ainsi, sur ce mode léger. Elle prend les répliques qui étaient celles de Gilles la première fois.

LISA. La vie est vraiment rosse.

GILLES. La vie n’en fait qu’à sa tête.

Elle passe devant lui et le regarde.

LISA. Quel genre d’homme êtes-vous ?

GILLES. Le vôtre ?

LISA. Je vous le confirme. Chaque phrase me coûte une suée dans les reins, j’ai l’impression d’avoir le cerveau engourdi, tous les symptômes d’un malaise qu’on appelle l’attirance irrésistible.

GILLES. Désolé je n’ai pas de remède.

LISA. Vous êtes le remède.

Ils se sourient.

GILLES. Est-ce qu’il y a quelqu’un dans votre vie.

LISA. En ce moment, il y a toi.

 FIN

 

 

Moez lahmédi

moez.lahmedi@voila.fr

 

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commentaires

nadia 08/09/2020 17:40

Bonjour je me prénomme nadia mère de 3 enfants. Je vivais à briouze avec mon mari, quand en 2018 il décida d'aller en voyage d'affaire à Bresil , où il tomba sur le charme d'une jeune vénézuélienne et ne semblait même plus rentrer. Ces appels devenaient rares et il décrochait quelquefois seulement et après du tout plus quand je l'appelais. En février 2019, il décrocha une fois et m'interdit même de le déranger. Toutes les tentatives pour l'amener à la raison sont soldée par l'insuccès. Nos deux parents les proches amis ont essayés en vain. Par un calme après midi du 17 février 2019, alors que je parcourais les annonce d'un site d'ésotérisme, je tombais sur l'annonce d'un grand marabout du nom ZOKLI que j'essayai toute désespérée et avec peu de foi car j'avais eu a contacter 3 marabouts ici en France sans résultat. Le grand maître ZOKLI promettait un retour au ménage en au plus 7 jours . Au premier il me demande d’espérer un appel avant 72 heures de mon homme, ce qui se réalisait 48 heures après. Je l'informais du résultat et il poursuivait ses rituels.Grande fut ma surprise quand mon mari m’appela de nouveau 4 jours après pour m'annoncer son retour dans 03 jours. Je ne croyais vraiment pas, mais étonnée j'étais de le voire à l'aéroport à l'heure et au jour dits. Depuis son arrivée tout était revenu dans l'ordre. c'est après l'arrivé de mon homme que je décidai de le récompenser pour le service rendu car a vrai dire j'ai pas du tout confiance en ces retour mais cet homme m'a montré le contraire.il intervient dans les domaines suivants

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voici son adresse mail : maitrezokli@hotmail.com vous pouvez l'appeler directement ou l 'Ecrire sur whatsapp au 00229 61 79 46 97