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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 09:58

 

Wilhelm Reich, Écoute, petit homme !, illustré par William Steig, Payot, 1999. (Extraits)

 

 

 

 

 

 

« Un médecin, un cordonnier, un technicien, un éducateur doit connaître ses faiblesses s'il veut travailler et gagner sa vie. Depuis quelques années, tu as commencé à assumer le gouvernement de la terre. L'avenir de l'humanité dépend donc de tes pensées et de tes actes. Mais tes professeurs et tes maîtres ne te disent pas ce que tu penses et ce que tu es réellement ; personne n'ose formuler sur toi la seule critique qui te rendrait capable de prendre en main ta propre destinée. Tu n'es "libre" que dans un sens bien déterminé : libre de toute préparation à la maîtrise de ta propre vie, libre de toute autocritique. Jamais je n'ai entendu dans ta bouche cette plainte : "Vous prétendez faire de moi mon propre maître et le maître du monde, mais vous ne me dites pas comment on peut se maîtriser, vous ne me révélez pas mes erreurs dans ma façon de faire, de penser et d'agir ! »

 

 

 

 

«  " Tu es un petit homme moyen !" Réfléchis bien au double sens de ces deux mots, "petit" et "moyen"... Ne te sauve pas. Aie le courage de te regarder toi-même ! »

 

 

 

«  Tu te distingues par un seul trait des hommes réellement grands : le grand homme a été comme toi un petit homme, mais il a développé une qualité importante : il a appris à voir où se situait la faiblesse de sa pensée et de ses actions. Dans l'accomplissement d'une grande tâche il a appris à se rendre compte de la menace que sa petitesse et sa mesquinerie faisaient peser sur lui. Le grandhomme sait quand et en quoi il est un petit homme. Le petit homme ignore qu'il est petit et il a peur d'en prendre conscience. Il dissimule sa petitesse et son étroitesse d'esprit derrière des rêves de force et de grandeur, derrière la force et la grandeur d'autres hommes. Il est fier des grands chefs de guerre, mais il n'est pas fier de lui. Il admire la pensée qu'il n'a pas conçue, au lieu d'admirer celle qu'il a conçue. Il croit d'autant plus aux choses qu'il ne les comprend pas, et il ne croit pas à la justesse des idées dont il saisit facilement le sens. »

 

 

 

« Je t'ai reproché ton incapacité à t'emparer de ce qui t'appartient, à mettre la main sur ce que tu as conquis de haute lutte sur les barricades à Paris et à Vienne, par l'émancipation des Etats-Unis, par la révolution russe. Or, Paris a abouti à Pétain et à Laval, Vienne à Hitler, la Russie à Staline, et l'indépendance américaine pourrait fort bien se terminer par le régime d'un K.K.K. Tu as mieux su conquérir la liberté que la garder pour toi et pour les autres. Cela je le savais depuis longtemps. Mais je ne comprenais pas pourquoi, à peine sorti du marasme, tu t'es enfoncé dans un autre, pire que le premier. Mais peu à peu et en tâtonnant, j'ai découvert ce qui faisait de toi un esclave ! TU ES TON PROPRE ARGOUSIN. Tu es le seul et unique responsable de ton esclavage. Toi et personne d'autre ! »

 

 

 

 

 

«  Pour ne plus être l'esclave d'un seul maître et devenir celui de n'importe qui, il faut d'abord se débarrasser de l'oppresseur individuel, mettons du tsar. Or, on ne saurait accomplir ce meurtre politique sans un idéal de liberté et sans mobiles révolutionnaires. On fonde donc un parti révolutionnaire de libération sous la conduite d'un homme réellement grand, mettons Jésus, Marx, Lincoln ou Lénine. Le vrai grand homme prend très au sérieux ta liberté. Pour te l'assurer sur le plan pratique, il est obligé de s'entourer d'une nuée de petits hommes, d'aides et d'hommes de main, puisqu'il ne peut accomplir tout seul cette oeuvre gigantesque. »

 

 

 

«  C'est pourquoi j'ai peur de toi, petit homme, une peur mortelle ! Car c'est de toi que dépend le sort de l'humanité. Et j'ai peur parce que tu ne fuis rien autant que toi-même. Tu es malade, petit homme, très malade. Ce n'est pas ta faute. Mais il ne tient qu'à toi de te débarrasser de ton mal. Tu te serais débarrassé depuis longtemps de tes oppresseurs si tu n'avais toléré et parfois soutenu activement l'oppression. Aucune force de police au monde ne serait assez puissante pour te supprimer s'il y avait, dans ta vie quotidienne, seulement une étincelle de respect de toi-même, si tu avais la conviction intime que sans toi, la vie ne continuerait pas un seul jour. Est-ce que ton "libérateur" te l'a dit ? Non ! Il t'a appelé le "prolétaire du monde" mais il ne t'a pas dit que tu étais seul responsable de ta vie (et non de "l'honneur de la patrie"). »

 

 

« Tu répliques: "Avant de te faire confiance, je voudrais connaître ta philosophie de la vie !"

Or, si je t'exposais ma philosophie de la vie, tu te précipiterais chez le procureur général, tu alerterais la "Commission des activité anti-américaines", le F.B.I, le Guépéou, la "Yellow Press", le "Ku-Klux-Klan", les "leaders des Prolétaires du Monde"... ou bien alors, tu prendrais simplement le large...

Je ne suis ni rouge, ni noir, ni blanc, ni jaune.

Je ne suis ni Chrétien, ni Juif, ni Mahométan, ni Mormon, ni polygame, ni homosexuel, ni anarchiste, ni boxeur.

J'embrasse ma femme parce que je l'aime et que je la désire, et non parce que je suis l'heureux propriétaire d'un certificat de mariage ou parce que je souffre de frustration sexuelle.

Je ne frappe pas les enfants, je ne vais pas à la pêche, je ne tue pas les chevreuils ou les lapins. Mais je suis un tireur d'élite et j'ai l'habitude de faire mouche.

Je ne joue pas au bridge et je ne donne pas de réceptions pour répandre mes théories. Si ma doctrine est juste, elle se répandra toute seule.

Je ne soumets pas mes oeuvres à quelque médecin d'un service d'état, à moins qu'il connaisse mieux la matière que moi. Et je décide seul qui a bien compris mes découvertes et ses prolongements. Je respecte toutes les lois raisonnables, mais je combats les lois dépassées ou déraisonnables (ne te précipite pas chez le procureur général, petit homme ; car il fait la même chose s'il est honnête).

Je voudrais que les enfants et les adolescents puissent connaître le bonheur et l'amour physique et en jouir sans le moindre danger.

Je ne pense pas qu'être religieux au sens fort et authentique du terme implique la destruction de la vie sexuelle et le rétrécissement et la paralysie du corps et de l'âme. »

 

 

 

 

« J'ai très peur de toi, petit homme. Il n'en a pas toujours été ainsi. Car j'ai été moi-même un petit homme, parmi des millions d'autres petits hommes. Puis je suis devenu un savant et un psychiatre, et je me suis rendu compte combien tu es malade et combien ta maladie te rend dangereux. J'ai appris que c'est ta maladie émotionnelle et non une puissance externe qui t'opprime à toute heure de la journée, même si aucune pression extérieure ne s'exerce contre toi. Tu te serais depuis longtemps débarrassé des tyrans si tu étais toi-même animé d'une vie interne en bonne santé. Tes oppresseurs se recrutent dans tes propres rangs, alors qu'ils provenaient naguère des couches supérieures de la société. Ils sont même plus petits que toi, petit homme. Car il faut une bonne dose de bassesse pour connaître d'expérience ta misère et pour s'en servir ensuite pour mieux t'exploiter et mieux t'opprimer. »

 

 

 

«  Mais tu n'es pas exclusivement petit, petit homme ! Je sais que tu connais de "grands moments", des moments d' "extase", d' "élévation", d' "ascension". Mais tu n'as pas l'énergie de t'élever sans arrêt, de monter toujours plus haut. Tu as peur de persévérer, tu as peur de la hauteur et de la profondeur.

Nietzsche t'a dit tout cela bien mieux que moi, il y a longtemps. Mais il n'a pas dit pourquoi tu es ainsi fait. Il a essayé de faire de toi un "surhomme", un "Übermensch" capable de surmonter ce qu'il y a d'humain en toi. Ce surhomme est devenu ton "Führer Hitler"; quant à toi, tu es resté le "soushomme", l'"Untermensch". »

 

 

 

« Tu cherches le bonheur, mais tu préfères ta sécurité, même au prix de ta colonne vertébrale, même au prix de ta vie. Comme tu n'as jamais appris à créer le bonheur, à en jouir et à le conserver, tu ignores le courage de l'homme droit. Tu écoutes à la radio les slogans publicitaires sur des laxatifs, des dentifrices, des déodorants. Mais tu n'entends pas la musique de la propagande. Tu ne te rends pas compte de la stupidité incommensurable et du goût détestable de ces choses destinées à capter ton attention. As-tu jamais prêté l'oreille aux plaisanteries que l'animateur d'un club de nuit fait sur ton compte, sur lui-même, sur le monde rétréci et misérable ? Ecoute la publicité sur un laxatif et tu sauras qui tu es et comment tu es. »

 

 

 

« Tu vénères l'Enfant-Jésus. Or, l'Enfant-Jésus est l'enfant d'une mère qui n'avait pas de certificat de mariage. Sans t'en rendre compte, tu vénères dans l'Enfant-Jésus ta propre nostalgie de la liberté sexuelle, petit homme que ta femme mène par le bout du nez ! Tu as fait d'un enfant illégitime le "Fils de Dieu" et tu ne reconnais pas les enfants illégitimes. Puis, dans la foulée de l'apôtre Paul, tu persécutes les enfants nés d'un vrai amour et tu protèges par tes lois religieuses des enfants de la haine. Tu es un petit homme misérable ! »

 

   

«  Tu as le sentiment d'être misérable, petit, puant, impuissant, rigide, vide, sans vie. Tu n'as pas de femme, et si d'aventure tu en as une tu ne désires qu'une chose, la "baiser" pour te prouver à toi que tu es un "mâle". Tu ignores l'amour. Tu es constipé et tu prends des laxatifs. Tu sens mauvais, ta peau est moite; tu ne sens pas l'enfant dans tes bras et tu le traites comme un chiot qu'on peut frapper à loisir. »

 

 

 

«  Tes "facteurs économiques" ne mènent nulle part. Un grand sage s'est tué à la tâche pour te prouver que tu dois améliorer tes conditions économiques si tu veux jouir de la vie ; que des individus affamés sont incapables de promouvoir la culture ; que toutes les conditions d'existence sans exception en font partie ; que tu dois te libérer, toi-même et ta société, de toutes les tyrannies. Cet homme vraiment grand a commis une seule erreur dans son effort de t'éclairer : il a cru que tu était capable d'émancipation, que tu étais capable de protéger ta liberté après l'avoir conquise. Et il a commis une autre erreur : il voulait faire de toi, prolétaire, un "dictateur". Et qu'as tu fait, petit homme, du trésor de connaissances que ce grand homme t'a transmis ? Tu n'as retenu qu'un seul mot : "dictature" ! De tout l'héritage d'un esprit immense et d'un coeur généreux, tu n'as retenu qu'un seul mot : "dictature". Tu as jeté par dessus bord tout le reste, la liberté, la clarté, la vérité, la solution du problème de l'esclavage économique, la méthode permettant des progrès intellectuels, tout cela, tu l'as jeté par-dessus bord ! Un seul mot mal choisi - encore qu'il contînt une idée judicieuse - s'est niché dans ton esprit, le mot "dictature" ! »

 

 

  

«  Mais tu ne te bornes pas à une attitude passive ; tu le molestes et tu craches. Quand le chercheur a fini par découvrir, après des années de dur labeur, pourquoi tu ne peux rendre heureuse ta femme, tu viens à lui et tu le traites de "sale cochon". Tu ne te rends pas compte qu'en agissant ainsi, tu tentes de refouler le "cochon" en toi et que c'est là la raison de ton manque d'amour. Si le chercheur vient de tirer au clair pourquoi les hommes meurent en grand nombre du cancer et si, d'aventure, tu es un professeur attaché à un institut anticancéreux, bénéficiaire d'un traitement fixe, alors, petit homme, tu accuses le chercheur de charlatanisme ; ou bien tu affirmes qu'il tire trop d'argent de sa découverte ; ou bien tu demandes s'il est par hasard Juif ou étranger ; ou bien tu prétends le mettre sur la sellette pour établir s'il est qualifié pour s'occuper de "ton" problème du cancer que tu es incapable de résoudre; ou bien encore tu préfères laisser mourir des milliers de cancéreux plutôt que d'admettre que lui a trouvé ce dont tu as tant besoin pour sauver la vie de tes malades. »

 

 

 

« Tu es tolérant pour ta propre religion, tu n'es pas tolérant pour les autres. Tu deviens fou furieux quand quelqu'un, au lieu d'adorer un Dieu personnel, adore la nature et s'efforce de la comprendre. Tu veux qu'un conjoint poursuive l'autre en justice, l'accuse d'immoralité et de brutalité, s'il ne veut plus vivre avec lui. Tu ne reconnais pas le divorce par consentement mutuel, petit descendant de grands révolutionnaires ! Car ta propre obscénité t'effraie. Tu voudrais qu'on te présente la vérité dans un miroir où tu ne puisses t'en saisir. Ton chauvinisme est une conséquence de la rigidité de ton corps, de la constipation psychique, petit homme. Je ne dis pas cela pour te tourner en dérision, mais parce que je suis ton ami. Même si tu tues tes amis quand ils te disent la vérité. »

 

 

«  Tu aspires à l'amour, tu aimes ton travail, tu en tires ta subsistance ; ton travail se fonde sur mon savoir et sur celui d'autres hommes. L'amour, le travail, la connaissance n'ont pas de patrie, pas de tarifs douaniers, pas d'uniformes. Ils sont internationaux, universels, et tout le monde les comprend.

Mais tu préfères rester un petit patriote, car tu as peur d'aimer, d'assumer tes responsabilités, et tu as une peur bleue de connaître. C'est pourquoi tu ne fais qu'exploiter l'amour, le travail et les connaissances des autres : tu es incapable de tout effort créateur personnel. Tu voles le bonheur comme un cambrioleur, la nuit ; tu ne peux voir sans jalousie le bonheur des autres. »

 

 

 

« Toi, petit homme, tu as tout construit sur le sable : ta maison, ta vie, ta culture, ta civilisation, ta science, ta technique, ton amour et l'éducation de tes enfants. Tu ne le sais pas, tu ne veux pas le savoir, tu tues le grand homme qui te dit la vérité. Puis, accablé et miséreux, tu poses sans arrêt les mêmes questions »

 

 

 

«  C'est parce que tu rejettes ta responsabilité que ta maison est construite sur du sable. Le plafond s'écroule, mais tu as ton "honneur de prolétaire" ou ton "honneur national". Le plancher cède sous tes pieds, mais tu ne cesses de hurler: "Heil, vive le Führer, vive l'honneur allemand, russe, juif !"

La tuyauterie éclate, ton enfant est sur le point de se noyer, mais tu continues à préconiser la manière forte en matière d'éducation. Ta femme est alitée, atteinte de pneumonie, mais toi, petit homme, tu rejettes comme une "invention juive" l'idée de construire ta maison sur du roc. »

 

 

 

 

 

«  La réponse, la voici : il faut construire ta maison sur du rocher. Ce rocher c'est ta propre nature que tu as tuée en toi, l'amour physique de ton enfant, le rêve d'amour de ta femme, le rêve de ta propre vie quand tu avais seize ans. Troque donc tes illusions contre quelques grains de vérité. Envoie au diable tes politiciens et tes diplomates. Ne te soucie pas de ton voisin mais écoute la voix qui est au fond de toi-même. Au lieu d'assister à l'exécution de tes bourreaux et de tes pendus, fais promulguer une loi pour la sauvegarde de la vie humaine et des biens des hommes. Une telle loi serait une partie du rocher sur lequel tu pourrais construire ta maison. Protège l'amour de tes petitsenfants contre les attaques d'hommes et de femmes insatisfaits et lascifs. Poursuis en justice la vieille fille médisante, mets-la au pilori ou envoie-la, à la place des jeunes garçons et des jeunes filles coupables d'aimer, dans un établissement d'éducation surveillée. Renonce à dépasser ton exploiteur dans l'art d'exploiter les gens si tu as la chance d'occuper une position de cadre. Jette ton habit de cérémonie et ton huit-reflets aux orties et étreins ta femme sans demander un certificat t'y autorisant. Va voir d'autres gens dans d'autres pays, car ils vivent comme toi, ils ont comme toi des qualités et des défauts. Laisse pousser ton enfant tel que la nature (ou "Dieu") l'a fait ! N'essaie pas de faire mieux que la nature. Efforce-toi plutôt de la comprendre et de la protéger. Va à la bibliothèque plutôt qu'à un combat de boxe, visite des pays étrangers plutôt que Coney Island. Et surtout, RAISONNE D'UNE MANIERE CORRECTE, écoute ta voix intérieure qui te guide en douceur. Tu es le maître de ta vie. Ne fais confiance à personne, et moins encore aux leaders que tu as élus. SOIS TOI-MÊME ! Beaucoup de grands hommes t'ont donné ce conseil. »

 

 

 

« Partout où tu as installé tes petits Führer, on exploite mieux qu'il y a cent ans tes forces vives, on pousse plus loin le mépris brutal de ta vie, on fait fi de tous tes droits ! »

 

 

 

« Tu es lâche, tu as toujours été lâche. Tu tenais le bonheur de l'humanité entre tes mains, tu as tout gaspillé. Tu as mis au monde des Présidents, tu leur as donné ta mentalité mesquine. Ils se font photographier et reproduire sur des médailles, ils sourient en permanence, mais ils n'osent appeler la vie par son nom, petite fille de la Révolution ! Tu portais le monde dans tes mains, et tu as lâché des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki; à vrai dire, c'est ton fils qui les a lâchées. Tu as lâché ta pierre tombale, petite femme rongée par le cancer. Avec une seule bombe, tu as expédié dans le silence du tombeau ta classe et ta race toute entière. »

 

 

«  Je suis incapable de te tirer du bourbier. Tu es le seul qui puisses le faire. »

 

 

« La première chose que tu ne feras plus sera de dire que tu es le petit homme sans opinion ; tu ne diras plus : "Qui suis-je pour avoir..." Tu as une opinion personnelle et tu auras honte à l'avenir de l'ignorer, de ne pas la défendre, de ne pas l'exprimer. »

 

 

 

«  Lorsque tu sauras, petit homme, que tu es quelqu'un, que tu as une opinion personnelle, judicieuse, que ton champ et ton usine sont au service de la vie et non de la mort, tu sauras répondre aussi à la question que tu viens de me poser. Tu n'as pas besoin pour cela de diplomates. Au lieu de crier "heil", au lieu de décorer la tombe du "Soldat Inconnu", au lieu de laisser fouler aux pieds ta "conscience nationale" par le Prince Inflatus et le Maréchal de tous les Prolétaires, tu devrais leur opposer ta confiance en toi et ta conscience d'accomplir un travail utile. »

 

 

 

« Il ne dépend que de toi d'aller ou de ne pas aller à la guerre. Il s'agit simplement de savoir que tu travailles pour la vie et non pour la mort, que tous les petits hommes sur terre te ressemblent en bien et en mal. »

 

 

 

 

« Ta vie sera agréable et sûre lorsque la vie comptera plus à tes yeux que la sécurité, l'amour plus que l'argent, ta liberté plus que la "ligne du parti" ou l'opinion publique ; lorsque l'atmosphère de la musique de Beethoven ou de Bach sera l'atmosphère de ta vie (pour le moment elle s'est réfugiée dans un recoin caché de ton être, petit homme) ; lorsque ta pensée ne sera plus opposée mais accordée à tes sentiments ; lorsque tu prendras conscience à temps de tes dons, lorsque tu apercevras à temps les progrès de l'âge ; lorsque tu vivras les pensée de tes grands hommes et non plus les méfaits de tes grands chefs de guerre ; lorsque les professeurs de tes enfants seront mieux payés que les politiciens ; lorsque tu respecteras plus l'amour entre l'homme et la femme que le certificat de mariage, lorsque tu reconnaîtras tes erreurs de raisonnement tant qu'il sera temps et non après coup comme maintenant ; lorsque tu ressentiras la plénitude en écoutant la vérité et que tu ressentiras du dégoût pour toute formalité ; quand tu comprendras tes compagnons de travail étrangers sans l'intermédiaire de diplomates ; quand ton coeur sera rempli de joie en voyant le bonheur de ta fille, et non de colère ; lorsque tu ne comprendras plus comment tu as pu punir un jour les petits enfants pour avoir touché leurs organes génitaux ; lorsque les physionomies des hommes dans la rue exprimeront la liberté, l'animation et non plus la tristesse et la misère, lorsque les humains ne se promèneront plus sur terre avec des bassins rétractés et rigides, des organes sexuels refroidis. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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